AAC dossier 2

Les techniques et la globalisation:

échanges, réseaux et espionnage industriel au XXe siècle

 

Dossier thématique numéro 2

coordonné par Liliane Pérez et Larissa Zakharova

 

Bien que la globalisation (la mondialisation) économique reste un sujet de controverses en sciences sociales, et ce jusqu’au choix du terme, elle est souvent comprise comme un processus historique d’intégration économique mondiale, vu  comme une conséquence de l’intensification des échanges commerciaux internationaux, avant tout des matières premières et des produits de consommation. Au XXe siècle, la standardisation et les compagnies multinationales, qui s’appuient sur les mécanismes institutionnels et organisationnels facilitant les transferts de know-how, incarnent les processus conjoints d’importation-exportation et de globalisation.

Quel est alors le rôle des techniques dans la globalisation au XXe siècle ? Leurs transferts supposent des processus complexes liés à l’adaptation à l’environnement économique et institutionnel du pays d’accueil, à la délocalisation de la main d’œuvre qualifiée et des sites de production. Le passage d’un pays à l’autre modifie les techniques d’une manière conséquente, comme en témoigne entre autres l’histoire de l’industrie automobile soviétique qui, selon les époques, utilisait les moteurs Ford, Renault et Fiat, sans pour autant que l’on confonde une automobile soviétique avec une véhicule américaine, française ou italienne. Ce dossier propose d’analyser les facteurs qui interviennent dans l’appropriation des techniques par le contexte d’accueil, tels l’environnement industriel, la qualification du personnel qui doit manipuler une nouvelle technique, ou la réception par les usagers ou les consommateurs. Il s’agit également de mettre en exergue les obstacles aux transferts des techniques, qu’ils soient institutionnels ou d’une autre nature. Enfin, le dossier s’attache à étudier les conséquences aussi bien économiques et industrielles, que politiques, sociales et culturelles des transferts des techniques aux niveaux nationaux et transnationaux. Il s’intéresse aux façons dont ces transferts changent les territoires de l’économie et les rapports entre les pays, les inégalités et les clivages (pays riches/ pays pauvres).

Refusant l’européocentrisme du développement des techniques et la vision selon laquelle leurs transferts contribuent à l’uniformisation du paysage au niveau mondial, on propose d’« envisager des trajectoires multiples sans cesse réorientées par des contacts, des relations, des prises et des déprises à l’égard de processus systémiques mondiaux et globaux ». (Karen Barkey, « Trajectoires impériales : histoires connectées ou études comparées ? », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 54-5, 2007, p. 94). Ainsi, par le biais de plusieurs contributions, nous espérons construire un « méta-récit » qui laisse la juste place aux influences mondiales aussi bien qu’aux facteurs locaux dans les innovations techniques.

On s’intéressera aux passerelles du processus de globalisation, aux zones émergeantes d’interaction et aux formes de communication spécifiques qu’elles entrainent : les échanges, les réseaux et l’espionnage industriel. Les échanges sous-entendent un principe d’équitable : chacune des parties pouvant offrir à l’autre un de ses acquis techniques. Dans les réseaux, lors de la coopération par exemple, deux ou plusieurs parties fournissent leurs efforts sur un chantier ou dans un secteur industriel. Dans les deux cas, les connaissances et savoir manipuler les techniques sont des mécanismes de transfert. Certaines techniques déracinées de leur contexte d’origine, ne survivent pas dans le contexte d’accueil, car elles n’ont pas de dispositif institutionnel sur lequel elles auraient pu s’appuyer. La délocalisation de la production est une solution pour rapprocher les producteurs des usagers/consommateurs car cette proximité est une condition nécessaire à la survie des techniques. Quels cas donnent lieu à délocalisation ? Dans lesquels se poursuit l’importation ?

La concurrence ou les régimes politiques différents, surtout dans le contexte de la Guerre froide, favorisent les emprunts par le biais de l’espionnage industriel. Ce dernier s’accompagne des formes impersonnelles de communication, à travers la documentation. L’enjeu est de produire un analogue pour se libérer de la contrainte d’importation des pièces de rechanges dans le cas d’achats des produits finis. Paradoxalement, quand les régimes politiques différents freinent les possibilités d’échanges et de constitution des réseaux, cela n’entrave pas la globalisation qui se passe alors de façon « illégale ». Le système des brevets est une tentative de résoudre à un niveau international des appropriations et des transferts illégaux.

Quels sont les acteurs des processus contradictoires et non linéaires de transferts des techniques et de globalisation et comment se croisent les intérêts des institutions, des entreprises et des autorités ? Nous proposons de nous situer tout d’abord au niveau des individus pour saisir leur rôle dans la globalisation, par le biais de l’observation de leurs missions dans le contexte d’accueil. Ce niveau micro d’analyse peut être suivi du niveau méso auquel deviennent visibles les stratégies pour créer une dépendance (telles que la décision de livrer un équipement sans documentation technique pour faire venir le personnel qualifié) ou les logiques qui amènent à la résistance aux standards internationaux. Le niveau macro permettra des comparaisons (par exemple des destins de la spécialisation du travail face à la standardisation) et une généralisation. 

Nous invitons à proposer des contributions (entre 35 000 et 70 000 signes) avec des études de cas précis relatives à une industrie ou une technique particulière, aussi bien que des articles théoriques sur les techniques et la globalisation au XXe siècle.

 

 

-       Date limite d’envoi des propositions : 30 septembre 2010

 

 

ð    Contacts :

 

Mem.larevue@gmail.com

 

larisazakharova@gmail.com

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